« Il s’est passé un événement. J’ai découvert la couleur de ma peau, blanche.
Je suis blanc et je n’ai pas d’identité. Je ne cesse de me répéter cette phrase, comme un talisman. Je suis blanc et je n’ai pas d’identité. C’est ce déficit qui m’a fait reculer devant l’Arabe de la gare, m’effondrer lors des enterrements païens, décroître comme je le fais depuis la mort de A. La gêne de croiser dans le couloir les Noirs s’explique à cette aune.
Je sens qu’ils ont une identité supérieure à la mienne. Je n’ai pas de
ressources. Il y a ce vide en moi, et je suppose qu’il est partout chez
les Blancs. J’ai l’impression que je ne puis rien convoquer qui me
dépasserait, ni culture, ni glorieuse origine, ni sacré. Juste de la
honte, et du chagrin. Mon être au monde est carié. Aucune identité
collective respectable ne m’attend pour y coucher ma douleur. Je ne
parle même pas de la française, ce mensonge. L’identité vient de la
peau. Cet anachronisme est encore vrai. Je suis rempli de malaise. »
Très remarqué à la rentrée 2006 pour son premier roman, Supplément au roman national , Jean-Eric Boulin , membre fondateur de notre collectif, revient avec un livre surprenant. La question blanche est un roman qui interroge l’identité de chacun d’entre nous. C’est aussi un magnifique roman d’amour.