| Ecrit par Khalid El Bahji,
le 03-03-2010
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Publié dans : Chroniques, |
Montréal, 2 Mars,18h15.
Centre ville. Bibliothèque pharaonique et élèves disciplinés et studieux. Trois jours seulement viennent de s’écouler, ici, à Montréal. Trois jours et je ne réalise pas encore que je me trouve de l’autre côté du globe à des milliers de kilomètres, sur le continent américain. Montréal est belle comme l’est son peuple et ce n’est pas l’euphorie du touriste qui me le fait dire. Ce qui s’y dégage, les décors gigantesques tout droit sortis d’une série, ainsi que la langue m’étant adressée ici y sont pour quelque chose… Tout m’est inouï. La vie ici semble paisible et agréable, les canadiens sont d’une chaleur et d’une gentillesse déconcertante lorsque l’on est habitués au mépris des icebergs parisiens. Je me surprends très vite à tout comparer à la France, de manière quasi obsessionnelle et maladive.
Oui, la France. Ce drame qui m’habite. Plus je passe du temps ici et
moins je lui trouve d’excuses. Plus je ressens la magie d’ici, plus je
lui en veux et plus je l’insulte de ce que je me remets à espérer loin
d’elle. A tout le mal qu’elle m’a fait, tout ce qu’elle m’interdisait
tant que j’étais coincé, à m’agiter sous sa semelle. Ce qu’elle m’avait
promis et toujours nié. D’être un innocent.
J’ai quitté la France et c’est ailleurs, au Canada, que je retrouve ma
pureté première dans les yeux d’un peuple qui ne m’en veut pas d’être
moi. Ici, par exemple, un détail m’a immédiatement frappé. Les
véhicules ne portent pas de plaques d’immatriculation à l’avant. Les
commerçants, les guichetiers du métro, les vendeuses des boutiques, les
libraires, les policiers (!), les caissières, les hommes et femme
d'entretient, les vigiles nous demandent "comment ca va?" dés le
premier contact. Tout un symbole de l’état d’esprit régnant ici. On ne
cherche pas à d’abord savoir d’où vous venez. Je vous laisse comparer à
vôtre tour…
Flash back. Je ne peux m'empêcher de repenser à cette nuit parisienne
récente, en banlieue, une nuit de mariage sans klaxon ni chahut durant
laquelle j'étais allé chercher l'imam qui allait officialiser l'union
religieuse entre l'un de mes frères et son épouse, quelques jours avant
la civile. Je savais que je risquais toujours, à chaque fois que je
pointais le nez dehors, de tomber sur l'un de ces escadrons bleu de la
terreur, milices a coupes en brosse et brassard orange toujours
enfoncés dans les sièges de la même Ford focus banalisée. Ce que je ne
savais pas, c'est que j'allais ce soir là être sorti de ma caisse et
traîné au sol dans mon plus bel habit pour avoir été confondu avec un
sans papiers "connu qui ferait du commerce de drogue dure entre
Pierrefitte et Saint Denis". Aucune excuse après cela. Que du mépris.
Ou encore cet épisode avec une employée de la préfecture de Bobigny,
les tifs en l'air car ne supportant pas le français bancale mais
vaillant de mon père, et qui s'adresse à lui comme à la dernière des
crevures. Je suis apparu et lui avait laissé un délai de trois minutes
pour s'excuser. La mégère a refusé. Je lui ai dit qu'elle méritait une
paire de gifles. Elle est devenue rouge comme un derrière de babouin et
a décroché un combiné. Nous avons tout de suite compris avec mon père.
Je l'ai tiré par le bras sans semer d'insultes sur notre sillon, par
respect pour lui. Les uniformes nous ont croisés sans savoir que
c'était nous. Quelque chose s'apparentant à de la haine cogne dans mon
cœur à la seconde même où j'écris ces lignes.
Maintenant que j’ai découvert cet ailleurs et que je suis délivré du
syndrome de Stockholm, je voudrais enfin m’autoriser une chose :
France, je ne t’aime plus.
Dernière mise à jour : 03-03-2010
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