| Ecrit par khalid El Bahji,
le 05-03-2010
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Publié dans : Chroniques, |
Montréal, 5 Mars,11h30.
11h20. Même bibliothèque. La même que celle où je tapais mon précédent billet. Dernier jour. Le départ pour Paris se fait demain soir et tout ici me manque déjà. Ce séjour passé sur le continent américain a suffit à faire naître en moi de nouvelles racines, blanches et écarlates, aux côtés de celles de toujours, les françaises, noircies et blessées. L’afro-marocaine, elle, précieuse reste lovée au fond comme le diamant premier. La pierre précieuse que l’on attend d’offrir la poitrine chargée d’espoir, le cœur gonflé par la peine. Je déteste la France officielle, c’est maintenant certain. Pas les français. Encore moins les Blancs. Jamais. « Ils ne sont pas tous des démons » disait El-Hajj Malik Al-Shabazz, alias Malcolm X, à son retour de son pèlerinage de la Mecque…
Non, je ne fantasme pas sur cette découverte qu’est le Canada, loin de là. Je ne fais que constater, peser et juger. La réalité est beaucoup trop flagrante. Elle m’a giflé au visage au premier pas foulé. Ici, je ne suis plus fils et petit fils d’ex-colonisé. Je ne suis plus le citoyen de seconde zone qui ferait mieux de la boucler et d’être content de faire de la manutention au pays de Charles Martel. Je ne suis plus l’Arabe-prêt-à-faire-du-rap-ou-du-foot. Je ne suis plus l’échantillon d’une masse qui remplit les prisons. Je ne suis plus celui qui craint de dire qu’il va à la mosquée le vendredi. Je ne suis plus celui qui vend forcément du shit. Je ne suis plus le violent qui bat sa femme. Je ne suis plus celui qui aime la haine parce qu’en lui jusque dans les gènes. Ici, je suis cet être éclatant de fierté. Celui qui aime ce qu’il est. Bouillonnant de rage devant l’injustice et dur envers les corrupteurs. Je suis ce conquérant qui accepte la main tendue lorsqu’elle est sincère et qu’elle propose la paix. Je suis un homme comme les autres. Un homme comme vous. Plein d’amour à qui sait le prendre.
Il m’aura fallu vingt-cinq ans et un billet d’avion pour réaliser – et avec toute la violence que cela comporte- que je resterai cet eternel étranger sauvage et sans esprit aux yeux de la puante bureaucratie française. Tant mieux. Je n’ai plus envie de prouver. Assez. La patience et la politesse possèdent leurs limites. La seule chose qui m’anime encore est d’attendre encore un peu, après mon retour, terré là où l’on ne sait pas, et d’attaquer quand tout semble aller. Oui, mordre comme un sauvage, un animal, jusqu’au sang. Faire mal et rendre coup pour coup, causer des dégâts et inspirer la crainte pour ce qu’elle est.
Une clique de vils ne mérite que la violence. Qu’elle soit symbolique ou réelle.
Good bye, Canada… Et, avec le cœur, merci pour tout.
Dernière mise à jour : 05-03-2010
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