On le voit partout, il domine les médias en guest star du petit écran, la barbe mal taillée, le baggy pakistanais et le keffieh sur la calotte. Il n'y peut rien c'est le rôle qui impose le costard.
La foule rissole au bord du chaudron et le gouvernement assaisonne le gueuleton. Depuis quelques jours tout y passe, une petite missive de Hortefeux sur la « francitude » à déchoir, une petite intervention du côté du ministère de l’immigration pour rappeler que tout ceci n’est que du produit d’importation, une pincée d'images d'Épinal, de burqas, de barbus, de banlieue, de boucherie hallal et de balles perdues.
« Moi, ce que je veux du jeune musulman, quand il est français, c'est qu'il aime son pays, c'est qu'il trouve un travail, c'est qu'il ne parle pas le verlan, qu'il ne mette pas sa casquette à l'envers. »
Après le Kärcher de Sarkozy et les prototypes trop nombreux d’Hortefeux, ces propos tenus par Nadine Morano lors d’un débat sur l’identité nationale sont à l’image de ce sinistre gouvernement qui se fourvoie dans ses calculs politiciens et démagogiques au risque d’instaurer un climat délétère dans notre pays.
Il est vrai que Nadine Morano ne nous avait jamais vraiment habitués à une pensée politique de haut vol. Peu instruite, volontiers agressive et souvent fruste, elle participe plutôt à la tendance populiste de la droite française. Pour autant, les propos qu’elle a tenus sur les « jeunes musulmans » ne devraient pas être trop précipitamment jugés comme de banales joutes démagogiques. Bien au contraire, ils participent d’un discours politique longuement mûri et adopté par l’ensemble du gouvernement.
"Est-ce que tu es préparé ? Que fais-tu contre le foisonnement ?" (Michaux)
A côté de la part stérile de la crise, qui fabrique une psychologie de la conservation et une sorte de grande peur, il y a une belle occasion pour l’homme d’inventer l’homme. Le mot crise est d’ailleurs un leurre car le réel souffre de longue maladie, nous vivons sans nous en rendre bien compte en état critique permanent et ce qui se produit aujourd’hui n’est que la phase tsunamique d’un processus qui contient la logique de ses propres excès.
Huit jours après l’élection de Barack Obama comme futur président des Etats-Unis d’Amérique, André Glucksmann publie, dans le Figaro (*), un article intitulé “Obamania et renoncement de l’opinion européenne ” dans lequel il analyse l’enthousiasme quasi général des Européens à l’égard de l’ex-candidat démocrate et s’inquiète de ce “rêve européen” qui “adoube un homme providentiel” risquant de décevoir. L’essayiste s’alarme ainsi : “Les opinions européennes, droite et gauche confondues, s'abandonnent à une vision postmoderne de l'histoire et démissionnent, comme s'il appartenait aux Américains et désormais à Obama seul de régir à notre place la gouvernance planétaire.” Ce n’est pas le fond de cette réflexion qui me choque, pertinente peut-être, légitime sûrement dans le droit d’un citoyen, intellectuel de surcroît, à commenter l’actualité du monde, mais la façon dont le polémiste présente le nouvel élu américain. Glucksmann écrit : “L’élection de Barack Hussein Obama n’est pas seulement un événement objectif, c’est un avènement subjectif.” L’utilisation du second prénom d’Obama, celui qui rappelle la religion musulmane de son père, m’a sauté aux yeux à la lecture de l’article, me paraissant, elle aussi, subjective.