Ca commence à vraiment puer en France. Voudrait-on quitter le navire que nous ne pourrions pas. Cela devient trop grave. Urgence à tenir, à dénoncer, à faire pièce, à attaquer, à ouvrir des brèches, à s'y engouffrer et à lui faire mal comme il nous fait mal...
11h20. Même bibliothèque. La même que celle où je tapais mon précédent billet. Dernier jour. Le départ pour Paris se fait demain soir et tout ici me manque déjà. Ce séjour passé sur le continent américain a suffit à faire naître en moi de nouvelles racines, blanches et écarlates, aux côtés de celles de toujours, les françaises, noircies et blessées. L’afro-marocaine, elle, précieuse reste lovée au fond comme le diamant premier. La pierre précieuse que l’on attend d’offrir la poitrine chargée d’espoir, le cœur gonflé par la peine. Je déteste la France officielle, c’est maintenant certain. Pas les français. Encore moins les Blancs. Jamais. « Ils ne sont pas tous des démons » disait El-Hajj Malik Al-Shabazz, alias Malcolm X, à son retour de son pèlerinage de la Mecque…
Centre ville. Bibliothèque pharaonique et élèves disciplinés et studieux. Trois jours seulement viennent de s’écouler, ici, à Montréal. Trois jours et je ne réalise pas encore que je me trouve de l’autre côté du globe à des milliers de kilomètres, sur le continent américain. Montréal est belle comme l’est son peuple et ce n’est pas l’euphorie du touriste qui me le fait dire. Ce qui s’y dégage, les décors gigantesques tout droit sortis d’une série, ainsi que la langue m’étant adressée ici y sont pour quelque chose… Tout m’est inouï. La vie ici semble paisible et agréable, les canadiens sont d’une chaleur et d’une gentillesse déconcertante lorsque l’on est habitués au mépris des icebergs parisiens. Je me surprends très vite à tout comparer à la France, de manière quasi obsessionnelle et maladive.
Le 17 avril 2009, à l’université Columbia de New York, un évènement s’est produit qui a littéralement changé la face de la France. Un colloque discutait en effet, dans le sillage du livre pionnier de Pap Ndiaye « La condition noire », de la construction d’une France noire. Le titre se voulait polémique, même si dans le contexte américain il est l’ordinaire de cette nation de communautés.
Organisé par Maboula Soumahoro, professeur a Columbia Université, le colloque, intitulé "They Won't Budge: Africans in Europe", a décortiqué l’irrésistible ascension et personnalisation d’une France noire, fondamentalement distincte de la France républicaine par l’experience quotidienne et dans la chair du préjugé racial et de la dévalorisation sociale. Il serait impossible de retranscrire la richesse des débats qui entrecroisaient les approches théoriques, (puisant en cela dans le fonds giboyeux des cultural studies americaines), symboliques et historiques, proposées par des intervenants de tous horizons. Un compte-rendu des débats est disponible, et ce pour l’éternité.
Le deuxième roman de Thomté Ryam, membre fondateur du collectif, est sorti hier. Paru aux Editions du Rocher, il s'intitule "En attendant que le bus explose".
L'histoire : Janvier-mars 2008, dans le XXe arrondissement à Paris. Malik Diagourag, alias El Magnifico, a 24 ans, vient de sortir de prison et squatte l’appartement de son frère, footballeur au Paris-Saint-Germain, en déplacement professionnel aux États-Unis. Depuis sa cellule, où il a passé trois ans pour braquage, Malik a entrepris de raconter son existence de malfrat sous forme d’un manuscrit, et il espère maintenant trouver un éditeur qui accepterait de le publier.