Pourquoi tellement de gens ont-ils pleuré le jour de l’investiture de Barack Obama, et pas seulement les femmes, et pas seulement les Américains, et pas seulement les Africains-Americains ?
Pourquoi ce 20 janvier n’est-il pas juste une date extraordinaire dans l’histoire des hommes mais plutôt le début d’une histoire autre, parce que meilleure ?
Un membre fondateur de notre collectif, Jean Eric Boulin, est parti vivre quelques temps à New York dans la perspective de voir comment, ailleurs, sont traitées les questions qui sont le lieu de crispations ici, en France. Voici sa première chronique :
Un lieu peut embrasser la diversité sans forcément l’aimer, ou alors ni l’un ni l’autre, ou alors, au contraire, l’aimer et l’embrasser, et de bon coeur. C’est le cas de New-York City. Qu’un tel lieu existe donne une joie impénitente.
Il y a à New-York un plébiscite quotidien de la diversité. Discret et poétique d’abord. Enseignes en chinois, ourdou, grecs, polonais, yiddish, frise des visages du monde dans les métros du matin, taxis ivoiriens ou algériens qui se confondent avec des Afro-américains ou des Latino. Au côté de Little Italy, et de Chinatown, il existe une petite Algérie dans le Queens, une petite Pologne à Brooklyn, un petit Sénégal dans le Bronx. Les langues, les journaux, les habits du pays natal y triomphent tranquillement. Et c’est doux, pour les exilés de ces pays-là, d’y venir et de s’y arrêter.
Le 44ème président des Etats-Unis est donc noir, ou métisse. « Africain-américain » dans la terminologie américaine. Son père, Barack Obama Senior était Kenyan, de culture musulmane. Il s’agit là, bien sûr, d’une formidable révolution, en Amérique d’abord, 44 ans après le Civil Right Act qui a aboli en pratique la ségrégation et 7 ans après les attentats du 11 septembre qui ont entraîné une série de mesures répressives ciblant en particulier la communauté musulmane américaine. Par contrecoup, ou effet de miroir, c’est aussi, de fait, un événement fondamental pour la France dans la mesure où l’élection de Barack Obama, en tant que symbole, ou symptôme d’une société réconciliée, post-raciale où la race en tant que construit social n’est plus un marqueur discriminant, doit nous alerter sur les faiblesses de notre modèle national.
Bien sûr, il faut maintenant que les matches de foot, en fonction de la couleur de l'équipe adverse, se jouent sur des territoires spécifiques, que les équipes maghrébines, ou africaines, aillent jouer ailleurs, en province, ou pourquoi pas "chez eux", à l'étranger, mais sûrement pas à Paris, encore moins en banlieue. Confer Bernard Laporte, inénarrable secrétaire d'Etat aux sports, et personnage exempt de tout reproche lui aussi, chevalier blanc, à peine terni par quelques sordides affaires de corruption qui ont - mais ce ne fut pas le cas, dieu merci - failli l'empêcher d'être ministre.
« Il s’est passé un événement. J’ai découvert la couleur de ma peau, blanche.
Je suis blanc et je n’ai pas d’identité. Je ne cesse de me répéter cette phrase, comme un talisman. Je suis blanc et je n’ai pas d’identité. C’est ce déficit qui m’a fait reculer devant l’Arabe de la gare, m’effondrer lors des enterrements païens, décroître comme je le fais depuis la mort de A. La gêne de croiser dans le couloir les Noirs s’explique à cette aune.