| Ecrit par Yassine Ayari, Président de l'Association Emergence Garges,
le 15-12-2009
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Publié dans : Contributions, |
 Il est vrai que Nadine Morano ne nous avait jamais vraiment habitués à une pensée politique de haut vol. Peu instruite, volontiers agressive et souvent fruste, elle participe plutôt à la tendance populiste de la droite française. Pour autant, les propos qu’elle a tenus sur les « jeunes musulmans » ne devraient pas être trop précipitamment jugés comme de banales joutes démagogiques. Bien au contraire, ils participent d’un discours politique longuement mûri et adopté par l’ensemble du gouvernement.
Depuis plusieurs semaines, tout dans le déroulement du débat sur
l’identité nationale indique qu’il s’agit moins d’un débat politique de
fond sur la nation que d’une vulgaire opération politicienne et
électoraliste visant à faire remonter les peurs du « bon peuple » pour
ensuite le rassurer sur la fierté qu’il y aurait à être né quelque
part. C’est pourquoi la circulaire d’Eric Besson adressée aux préfets
sur cette question met l’étranger et l’immigré au centre de toutes les
réflexions tandis que le déploiement de ce débat dans les Préfectures
ou les media se cristallise sur l’Islam et les Musulmans.
Nadine Morano est de loin celle qui réalise la meilleure synthèse entre
cet autre, Musulman, et l’étranger envahissant. Elle a en effet
déclaré, au cours d’un débat sur l’identité nationale organisé à
Charmes, ville natale du très antidreyfusard Barrès : « Moi, ce que je
veux du jeune musulman, quand il est français, c'est qu'il aime son
pays, c'est qu'il trouve un travail, c'est qu'il ne parle pas le
verlan, qu'il ne mette pas sa casquette à l'envers." »
En quelques mots, la Secrétaire d’Etat à la famille parvient à
confessionnaliser le chômage des jeunes, leur accoutrement, leur
langage et leur fidélité à la patrie tout en brossant rigoureusement le
portrait de cet autre qui focalise toutes les craintes et fantasmes. Ce
même portrait constitue le prototype dont se sert d’ailleurs le
gouvernement pour se dédouaner de ses responsabilités dans les
problèmes sociaux qui touchent en grand nombre la jeunesse de certains
quartiers : « S’ils ne trouvent pas de travail, c’est parce qu’ils
sont Musulmans, pourra-t-on nous dire demain. » En entendant « Musulman
», l’auditoire pense « jeune », « banlieusard » voire « casquette »
tandis que le responsable politique peut faire l’économie du bilan de
l’exercice de son mandat. Notons aussi que ce prototype replace, par
amalgame, l’immigré, l’étranger dans le contexte du conflit de
civilisation, concept qui semble en expansion en Europe alors qu’il est
largement en déclin aux Etats-Unis.
Un autre point singulier dans le discours de Morano est cette
propension à demander toujours plus de gages de fidélité à des citoyens
musulmans dont la loyauté est sans cesse mise en cause. Personne ne
penserait émettre le moindre doute sur la francité d’un gothique sataniste, sur l’amour de la France de Renaud qui avoue
pourtant que la Marseillaise, même en reggae, [l’a] toujours fait
dégueuler » ou sur l’identité national de Brassens qui raillait « les
imbéciles heureux qui sont nés quelque part ». Il existe donc une
catégorie de Français qui peut débattre, provoquer et penser librement
en dehors de la norme sociale tandis qu’une autre catégorie, les
Musulmans fantasmés, doit d’abord faire la preuve de son identité, de
son intégration et de son amour pour la France.
Mais la République, ce n’est pas cela. La République ce n’est pas la
liberté à deux vitesses et le Gouvernement qui en est garant n’en
respecte aucun principe lorsqu’il prend le risque de provoquer un
climat de division en désignant à la vindicte populaire ce prototype
fantasmé responsable de tous les malheurs du pays. Tous ceux qui en
sont responsables ne méritent pas de nous représenter. C’est pour cette
raison qu’il faut exiger la démission immédiate de Nadine Morano.
Dernière mise à jour : 15-12-2009
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