| Ecrit par Collectif Qui fait la France ?,
le 30-10-2007
|
Pages vues : 718 |
Publié dans : Chroniques, |

La Cité nationale de l’histoire de l’immigration est un pas dans la bonne direction. En rendant un hommage, même tardif, aux immigrations françaises, elle fait œuvre nécessaire. Il y a pourtant à redire. Passons sur le camouflet de sa non-inauguration officielle, ce choix délibéré d’hommes insensibles. Non, c’est le projet muséographique qui, en partie, rate les cœurs.
Cette Cité de l’immigration est plus un bric-à-brac folklorique qu’un
récit vivant et continué du roman national. Dépourvue de toute ligne
claire, agencée en thématiques parfois grotesques (pourquoi un espace
consacré aux sportifs ?), elle l’illustre l’immigration maghrébine par
des couscoussiers accrochés aux murs, des cabas à carreaux et des
photos de Peugeot surchargées. Clichés. C’est folklorique, culturaliste
et anecdotique. On en reste estomaqué. Rien ne transparaît des raisons
du départ de ces immigrés si particuliers, de leur odyssée, de leur
condition une fois arrivés sur le sol français. Pourquoi ? Cela a
sûrement à voir avec ce musée fantôme qu’il reste à bâtir, ce musée
national des horreurs qui serait celui de la colonisation, des guerres,
des massacres de Sétif, du 17 octobre 1961, événements dont il n’y a
trace dans la cité de la porte Dorée.
Comment alors rendre intelligible la condition des Français d’origine
maghrébine et subsaharienne sans cette toile de fond coloniale ?
Faut-il voir malignité officielle – une telle erreur historique ne
saurait être envisagée – dans la mise au même niveau des immigrations
européennes et africaines, alors que leurs spécificités divergent
radicalement, expliquant fortunes et infortunes de leur intégration ?
Pourquoi l’équipe d’historiens en charge du projet ne comprend-elle pas
des tenants de cette histoire post-coloniale, minoritaire il est vrai
en France, qu’incarne par exemple un Pascal Blanchard ? Les réponses
sont à chercher dans le malaise très profond d’analyser le passé récent
de la France et de penser l’altérité en son sein. Choix délibéré donc a
été fait d’un musée de l’immigration consensuel, apaisé, œuvrant, par
son existence même puis par son contenu, à la grande synthèse
républicaine qui doit continuer d’opérer. Cela est évidemment louable.
En partie seulement, car il y aurait eu plus consensuel encore, et
émouvant, que cette vision officielle, fût-elle républicaine, du passé
présent : c’est la vérité. Cette Cité de l’immigration n’est pas
exacte. Elle rate l’épaisseur émotionnelle des événements et la
condition sensible des hommes et des femmes qui les ont traversés.
L’équivalent américain, Ellis Island, au large de New York, a fait un
choix inverse. En parlant des visages, des noms, des épreuves, en
inscrivant les immigrants dans un récit national dont leurs souffrances
sont la maille intime, l’Amérique réussit un hommage exemplaire et
quotidien. Même si les deux pays ne sont pas comparables, la France a
fait, elle, le choix regrettable d’un musée inachevé, moiré de zones
d’ombres, rempli d’objets, où semblent manquer les hommes.
__________
PS : Cette chronique a été publiée le lundi 29 novembre 2007 dans la rubrique Rebonds de Libération .
Le site internet de la Cité de l'Immigration : http://www.histoire-immigration.fr/
Dernière mise à jour : 03-11-2007
|
|
|
mauvaise foi!
Ecrit par: Sophie (Invité) le 02-11-2007 21:54