Un membre fondateur de notre collectif, Jean Eric Boulin, est parti vivre quelques temps à New York dans la perspective de voir comment, ailleurs, sont traitées les questions qui sont le lieu de crispations ici, en France. Voici sa première chronique :
Un lieu peut embrasser la diversité sans forcément l’aimer, ou alors ni l’un ni l’autre, ou alors, au contraire, l’aimer et l’embrasser, et de bon coeur. C’est le cas de New-York City. Qu’un tel lieu existe donne une joie impénitente.
Il y a à New-York un plébiscite quotidien de la diversité. Discret et poétique d’abord. Enseignes en chinois, ourdou, grecs, polonais, yiddish, frise des visages du monde dans les métros du matin, taxis ivoiriens ou algériens qui se confondent avec des Afro-américains ou des Latino. Au côté de Little Italy, et de Chinatown, il existe une petite Algérie dans le Queens, une petite Pologne à Brooklyn, un petit Sénégal dans le Bronx. Les langues, les journaux, les habits du pays natal y triomphent tranquillement. Et c’est doux, pour les exilés de ces pays-là, d’y venir et de s’y arrêter.
Huit jours après l’élection de Barack Obama comme futur président des Etats-Unis d’Amérique, André Glucksmann publie, dans le Figaro (*), un article intitulé “Obamania et renoncement de l’opinion européenne ” dans lequel il analyse l’enthousiasme quasi général des Européens à l’égard de l’ex-candidat démocrate et s’inquiète de ce “rêve européen” qui “adoube un homme providentiel” risquant de décevoir. L’essayiste s’alarme ainsi : “Les opinions européennes, droite et gauche confondues, s'abandonnent à une vision postmoderne de l'histoire et démissionnent, comme s'il appartenait aux Américains et désormais à Obama seul de régir à notre place la gouvernance planétaire.” Ce n’est pas le fond de cette réflexion qui me choque, pertinente peut-être, légitime sûrement dans le droit d’un citoyen, intellectuel de surcroît, à commenter l’actualité du monde, mais la façon dont le polémiste présente le nouvel élu américain. Glucksmann écrit : “L’élection de Barack Hussein Obama n’est pas seulement un événement objectif, c’est un avènement subjectif.” L’utilisation du second prénom d’Obama, celui qui rappelle la religion musulmane de son père, m’a sauté aux yeux à la lecture de l’article, me paraissant, elle aussi, subjective.
Le 44ème président des Etats-Unis est donc noir, ou métisse. « Africain-américain » dans la terminologie américaine. Son père, Barack Obama Senior était Kenyan, de culture musulmane. Il s’agit là, bien sûr, d’une formidable révolution, en Amérique d’abord, 44 ans après le Civil Right Act qui a aboli en pratique la ségrégation et 7 ans après les attentats du 11 septembre qui ont entraîné une série de mesures répressives ciblant en particulier la communauté musulmane américaine. Par contrecoup, ou effet de miroir, c’est aussi, de fait, un événement fondamental pour la France dans la mesure où l’élection de Barack Obama, en tant que symbole, ou symptôme d’une société réconciliée, post-raciale où la race en tant que construit social n’est plus un marqueur discriminant, doit nous alerter sur les faiblesses de notre modèle national.
Quand on dit “Vichy”, ça vous fait penser à quoi ? A une eau de source ? A une cure thermale ? A un week-end spa dans un lieu de verdure et de kiosques à musique à l’ancienne ? A une boîte de pastilles rafraîchissantes et digestives ? Oui, certes, mais encore ?...
Bien sûr, le simple nom de Vichy évoque aussi des choses beaucoup plus sombres. On pense tout de suite au Régime de Vichy : l’Etat français du maréchal Pétain, l’abrogation de la Constitution de 1875 qui met fin à la IIIème République, l’hôtel du Parc, Henriot, Marion, la Révolution nationale, “Travail, famille, patrie” remplaçant la devise républicaine de “Liberté, Egalité, Fraternité”, le recul de la laïcité, de la liberté de penser, mais surtout, dans le cas qui nous intéresse ici, les fameuses lois de Vichy contre les Juifs et les étrangers. Et qu’annonce la presse pour les 3 et 4 novembre prochains, à Vichy, justement ?
A côté du dynamisme commercial avec lequel nos vendeurs d’Etat bradent les intérêts généraux, il est temps, peut-être, de susciter de nouvelles humeurs collectives et, à l’intérieur du climat dépressif qui plombe une quantité croissante d’individus, d’allumer un beau foyer d’idées mortes. En vérité, ces idées-là ne le sont pas, mortes mais ce sont les morts-vivants qui nous tiennent lieu de gouvernants qui s’acharnent à le faire croire. Eux ont la pensée en cendres, depuis trop longtemps campés dans la volonté canine de ne pas lâcher un seul morceau d’un monde fait à leur convenance.