Centre ville. Bibliothèque pharaonique et élèves disciplinés et studieux. Trois jours seulement viennent de s’écouler, ici, à Montréal. Trois jours et je ne réalise pas encore que je me trouve de l’autre côté du globe à des milliers de kilomètres, sur le continent américain. Montréal est belle comme l’est son peuple et ce n’est pas l’euphorie du touriste qui me le fait dire. Ce qui s’y dégage, les décors gigantesques tout droit sortis d’une série, ainsi que la langue m’étant adressée ici y sont pour quelque chose… Tout m’est inouï. La vie ici semble paisible et agréable, les canadiens sont d’une chaleur et d’une gentillesse déconcertante lorsque l’on est habitués au mépris des icebergs parisiens. Je me surprends très vite à tout comparer à la France, de manière quasi obsessionnelle et maladive.
Il est vrai que Nadine Morano ne nous avait jamais vraiment habitués à une pensée politique de haut vol. Peu instruite, volontiers agressive et souvent fruste, elle participe plutôt à la tendance populiste de la droite française. Pour autant, les propos qu’elle a tenus sur les « jeunes musulmans » ne devraient pas être trop précipitamment jugés comme de banales joutes démagogiques. Bien au contraire, ils participent d’un discours politique longuement mûri et adopté par l’ensemble du gouvernement.
Le 17 avril 2009, à l’université Columbia de New York, un évènement s’est produit qui a littéralement changé la face de la France. Un colloque discutait en effet, dans le sillage du livre pionnier de Pap Ndiaye « La condition noire », de la construction d’une France noire. Le titre se voulait polémique, même si dans le contexte américain il est l’ordinaire de cette nation de communautés.
Organisé par Maboula Soumahoro, professeur a Columbia Université, le colloque, intitulé "They Won't Budge: Africans in Europe", a décortiqué l’irrésistible ascension et personnalisation d’une France noire, fondamentalement distincte de la France républicaine par l’experience quotidienne et dans la chair du préjugé racial et de la dévalorisation sociale. Il serait impossible de retranscrire la richesse des débats qui entrecroisaient les approches théoriques, (puisant en cela dans le fonds giboyeux des cultural studies americaines), symboliques et historiques, proposées par des intervenants de tous horizons. Un compte-rendu des débats est disponible, et ce pour l’éternité.
"Est-ce que tu es préparé ? Que fais-tu contre le foisonnement ?" (Michaux)
A côté de la part stérile de la crise, qui fabrique une psychologie de la conservation et une sorte de grande peur, il y a une belle occasion pour l’homme d’inventer l’homme. Le mot crise est d’ailleurs un leurre car le réel souffre de longue maladie, nous vivons sans nous en rendre bien compte en état critique permanent et ce qui se produit aujourd’hui n’est que la phase tsunamique d’un processus qui contient la logique de ses propres excès.
Pourquoi tellement de gens ont-ils pleuré le jour de l’investiture de Barack Obama, et pas seulement les femmes, et pas seulement les Américains, et pas seulement les Africains-Americains ?
Pourquoi ce 20 janvier n’est-il pas juste une date extraordinaire dans l’histoire des hommes mais plutôt le début d’une histoire autre, parce que meilleure ?