Ça et là dans les quotidiens et les JT, on nous ressasse que c'est la crise. Les prix flambent et touchent tout particulièrement les produits du quotidien. Déjà certaines professions, touchées de plein fouet, pousse un râle ; nos dirigeants astiquent leurs discours pour nous aider à faire passer la pilule et le peuple des smicards, des travailleurs pauvres et des exclus se battent les poubelles des supermarchés, asphyxiés qu'ils sont au 15 du mois.
L’impression n’est pas négative au départ. Pas plus au milieu qu’à la fin du clip « Stress » de Gaspard Augé et Xavier de Rosnay, du groupe Justice. Pourtant, une fois avoir refermé la page internet youtube ou dailymotion, dont le nombre de visualisations frôle parfois le million, le ressenti ne passe pas au positif non plus. En effet, la première et naturelle des interrogations, après le visionnage, est de savoir quel était le but de ce clip, son message, son intérêt, sa pertinence.
« Nous sommes le Tiers-Pays, celui qui n'a rien et qui veut tout », celui qui vit là et qu'on ne voit pas, celui qu'on accuse de tout et forcément coupable du pire. La fable se poursuit. Charentaises fourrées aux pieds, je me place devant mon écran de télé, un sandwich en sursis entre les doigts et les deux yeux collés à une apparente fenêtre sur le monde. Mais de quel monde parle-t-on ?
Le pire du scénario risque de bientôt se réaliser. Ca et là, des grognements nerveux se font entendre au sujet de ce « groupuscule prétentieux » nommé « Qui fait la France ? ». D’agacement, certains contractent discrètement la mâchoire, faisant mine de n’avoir rien vu, rien entendu. D’autres, en dernier recours, tentent de ridiculiser l’évènement en le réduisant à «l’ennuyeuse et lancinante complainte de l’indigénat » ou au mieux, à une nouvelle aubaine politiquement récupérable. Foutaises. Aujourd’hui, les écuyers du show-biz s’essuient encore le visage après ce traître et premier mollard craché d’on ne sait où, le 15 avril 2008, sur M6, tard dans la nuit...
A suivre au jour le jour ce qui alimente le climat électoral, on voit bien ce que c’est, la fatigue qui s’empare du pays, de son âme générale. Un premier ministre affirmait, il y a quelques semaines, que « la France n’était pas un pays fatigué ». « Il n’est pas », cela veut dire qu’il l’est ! Ce percutant déni ne révèle-t-il pas au contraire, à l’insu de son auteur, le mal dont nous souffrons le plus, ne trahit-il pas la peur de ce qui est pourtant une flagrante et galopante réalité ? Insupportable image, pour des dirigeants, que celle d’une nation aux bras baissés, d’une nation qui se lasse : comment ? Où sont passés les bras laborieux ? Où, l’énergie réparatrice qui fait un grand pays entrepreneur ?...