« Nous sommes le Tiers-Pays, celui qui n'a rien et qui veut tout », celui qui vit là et qu'on ne voit pas, celui qu'on accuse de tout et forcément coupable du pire. La fable se poursuit. Charentaises fourrées aux pieds, je me place devant mon écran de télé, un sandwich en sursis entre les doigts et les deux yeux collés à une apparente fenêtre sur le monde. Mais de quel monde parle-t-on ?
Le pire du scénario risque de bientôt se réaliser. Ca et là, des grognements nerveux se font entendre au sujet de ce « groupuscule prétentieux » nommé « Qui fait la France ? ». D’agacement, certains contractent discrètement la mâchoire, faisant mine de n’avoir rien vu, rien entendu. D’autres, en dernier recours, tentent de ridiculiser l’évènement en le réduisant à «l’ennuyeuse et lancinante complainte de l’indigénat » ou au mieux, à une nouvelle aubaine politiquement récupérable. Foutaises. Aujourd’hui, les écuyers du show-biz s’essuient encore le visage après ce traître et premier mollard craché d’on ne sait où, le 15 avril 2008, sur M6, tard dans la nuit...
A suivre au jour le jour ce qui alimente le climat électoral, on voit bien ce que c’est, la fatigue qui s’empare du pays, de son âme générale. Un premier ministre affirmait, il y a quelques semaines, que « la France n’était pas un pays fatigué ». « Il n’est pas », cela veut dire qu’il l’est ! Ce percutant déni ne révèle-t-il pas au contraire, à l’insu de son auteur, le mal dont nous souffrons le plus, ne trahit-il pas la peur de ce qui est pourtant une flagrante et galopante réalité ? Insupportable image, pour des dirigeants, que celle d’une nation aux bras baissés, d’une nation qui se lasse : comment ? Où sont passés les bras laborieux ? Où, l’énergie réparatrice qui fait un grand pays entrepreneur ?...
ça et là, quelques voix s'élèvent pour, après notre prise de parole chez Fogiel hier, s'indigner de l'émergence d'un collectif renfermée sur la problématique banlieue, et d'autres d'affirmer que notre intervention aurait été convenue préalablement avec Fogiel...
Nous sommes le collectif qui fait la France, collectif d'artistes et d'écrivains, et nous voulons juste adresser aux téléspectateurs un message d'espoir et de résistance. Puisque nous n'avons pas la parole, nous la prenons.
D'un bel élan, la France célèbre mai 68. Jeunesse révoltée aujourd'hui canonisée. Le formol gagne du terrain. La jeunesse d'aujourd'hui a la bouche scellée. Seuls parlent les intellectuels autorisés, les entrepreneurs médiatiques, les dominants de tout genre. Nous n'y trouvons pas notre compte, alors que la colère gronde. Celle-ci est juste en mal d'énonciation, alors énonçons-là, préparons les mai 2008, 2018, 2068.