Bien sûr, il faut maintenant que les matches de foot, en fonction de la couleur de l'équipe adverse, se jouent sur des territoires spécifiques, que les équipes maghrébines, ou africaines, aillent jouer ailleurs, en province, ou pourquoi pas "chez eux", à l'étranger, mais sûrement pas à Paris, encore moins en banlieue. Confer Bernard Laporte, inénarrable secrétaire d'Etat aux sports, et personnage exempt de tout reproche lui aussi, chevalier blanc, à peine terni par quelques sordides affaires de corruption qui ont - mais ce ne fut pas le cas, dieu merci - failli l'empêcher d'être ministre.
« Il s’est passé un événement. J’ai découvert la couleur de ma peau, blanche.
Je suis blanc et je n’ai pas d’identité. Je ne cesse de me répéter cette phrase, comme un talisman. Je suis blanc et je n’ai pas d’identité. C’est ce déficit qui m’a fait reculer devant l’Arabe de la gare, m’effondrer lors des enterrements païens, décroître comme je le fais depuis la mort de A. La gêne de croiser dans le couloir les Noirs s’explique à cette aune.
Comme pas mal de gens, je vis dans un temps que j’essaie de comprendre avec mes petits capteurs. Et parfois une intelligibilité du tout vient à nous par la teneur symbolique de quelques détails. Des trous de lumière dans une toile opaque. Un exemple vécu m’a fait cet effet très récemment.
Ce qui se passe insensiblement, ce à quoi on assiste dans nos sociétés fatiguées, c’est à un recul de la fureur. La fureur est un concept intéressant pour désigner la réaction qui se manifeste quand on a de bonnes raisons de croire que des conditions pourraient être changées et qu’elles ne le sont pas, comme le précise Hannah Arendt dans Crises of the Republic. On n’entre jamais en fureur devant une catastrophe naturelle, c’est plutôt l’affliction, le désespoir qui se répandent. Face à ce qu’on ne peut modifier, des tonalités affectives diverses apparaissent mais jamais la fureur. Celle-ci ne naît « que lorsque notre sens de la justice est bafoué ».
Décidément, la pilule passe toujours aussi bien. Météo plus ou moins généreuse, « secret story », « l’île de la tentation », « T’empêches tout le monde de dormir » et consorts qui rempilent une nouvelle fois avec leur dégueulis de bêtises.